JOJ Dakar 2026 : trois athlètes, un drapeau… et les limites du sport mauritanien

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, samedi 31 octobre, a offert une belle image de fierté nationale avec le passage du drapeau mauritanien. Mais derrière ce moment symbolique se cache une réalité beaucoup moins réjouissante : trois athlètes et deux entraîneurs pour représenter tout un pays dans un rendez-vous international majeur. Un chiffre qui mérite mieux qu'un simple constat : il appelle des explications.

Le contraste est saisissant. Alors que le Sénégal, pays hôte, aligne 136 athlètes engagés dans 23 disciplines, la Mauritanie ne compte que trois représentants dans deux sports : Faty Sy et Mbareck Saïd en athlétisme, sur 100 mètres, et Coumba Diop en judo.
Comment expliquer une présence aussi réduite ? Et surtout, à qui incombe cette situation ?

Il faut d'abord éviter les mauvais procès. Le Comité National Olympique et Sportif Mauritanien (CNOSM) n'est pas seul responsable de cette faible représentation. Son rôle consiste notamment à coordonner la participation olympique, accompagner les candidatures et défendre les intérêts du pays auprès des instances internationales. Son président, Abderrahmane Ould Ethmane, a annoncé que la Mauritanie avait sollicité une participation dans quatre disciplines, avant de n'obtenir des places que dans deux, selon les critères et quotas retenus.

L'obtention d'une troisième place en judo constitue également un apport appréciable aux efforts déployés pour élargir la délégation. Le travail institutionnel et diplomatique du CNOSM mérite donc d'être reconnu. Mais il ne saurait, à lui seul, compenser les insuffisances de notre système sportif.

Le véritable problème se situe en amont : dans nos fédérations.
Où sont les programmes de détection des jeunes talents ? Où sont les compétitions régulières, les centres de formation, les entraîneurs qualifiés et les dispositifs de préparation aux échéances internationales ? Les Jeux olympiques de la jeunesse ne s'improvisent pas quelques semaines avant leur ouverture. Ils exigent une politique de formation et de préparation construite sur plusieurs années.

Or, force est de constater que plusieurs de nos fédérations fonctionnent davantage au rythme des échéances administratives qu'à celui d'un véritable projet de performance. Certaines peinent à maintenir une activité régulière et à préparer leurs athlètes aux compétitions qualificatives ou aux critères de sélection internationaux.
Les contraintes financières sont réelles. La plupart des fédérations dépendent presque exclusivement des subventions de l'État, dont les mécanismes d'attribution et les montants ne répondent pas toujours aux besoins. Avec plus de quarante fédérations sportives, dont certaines n'ont pratiquement d'existence que sur le papier, il devient difficile de parler de politique sportive cohérente sans s'interroger sur les priorités, les moyens et les résultats.
Mais le manque de ressources ne peut pas devenir une justification permanente. Des pays disposant de moyens modestes parviennent à se distinguer en faisant des choix, en ciblant leurs investissements et en construisant des filières performantes.

La Mauritanie doit choisir ses priorités.
Il serait illusoire de vouloir être compétitif dans toutes les disciplines avec les moyens actuellement disponibles. En revanche, rien n'empêche de concentrer les efforts sur quelques sports présentant un potentiel réel : athlétisme, judo, lutte, taekwondo et certaines disciplines individuelles.
Cela suppose un travail de fond : identifier les jeunes talents dès le milieu scolaire, organiser des compétitions nationales, former les encadreurs, assurer un suivi technique et médical et programmer les participations internationales suffisamment tôt.

Il faut également revoir le mode de financement des fédérations. Les subventions publiques devraient davantage tenir compte de programmes d'activités précis, d'objectifs mesurables, de la formation des jeunes et des résultats obtenus. Une fédération ne devrait pas être jugée uniquement sur son existence administrative, mais sur sa capacité à produire des athlètes et à faire progresser sa discipline.
Dakar 2026, un avertissement pour l'avenir
Ces Jeux constituent un révélateur de notre retard dans la préparation de la relève sportive. Nos trois représentants méritent respect, encouragements et soutien. Ils ne sont évidemment pas responsables des insuffisances de l'encadrement et des structures qui les entourent.
Mais leur faible nombre pose une question fondamentale : que faisons-nous réellement pour préparer la prochaine génération d'athlètes mauritaniens ?

Le passage de notre drapeau dans le stade Abdoulaye-Wade restera une belle image. Une image de fierté et d'appartenance nationale. Mais il serait regrettable que cette cérémonie soit le principal souvenir de notre participation, faute d'une présence sportive plus consistante et de performances à la hauteur des ambitions nationales.
Le sport mauritanien n'a pas seulement besoin de moyens supplémentaires. Il a besoin d'une vision, d'une gouvernance plus exigeante et d'une véritable culture de la performance. Car participer est une chose, préparer des athlètes capables de rivaliser en est une autre.

Dakar 2026 doit donc servir de leçon. Non pour décourager nos jeunes sportifs, mais pour interpeller les responsables, les fédérations et les pouvoirs publics. Les prochains Jeux ne doivent pas nous retrouver dans la même situation. Le drapeau mérite d'être accompagné par des athlètes préparés, compétitifs et capables de défendre dignement les couleurs nationales sur les terrains.

Mohamed Feily dit Antar