Le football africain n'est plus loin… mais il doit apprendre à finir ses matchs

La frustration est immense. La Côte d'Ivoire et la RD Congo sont passées tout près d'un exploit qui aurait marqué l'histoire. Pendant de longues séquences, les Éléphants ont regardé la Norvège droit dans les yeux. Les Léopards, eux, ont bousculé l'Angleterre sans le moindre complexe. Pourtant, au coup de sifflet final, le constat est cruel : deux éliminations, deux scénarios identiques, deux occasions manquées.
Le football de haut niveau est souvent une affaire de détails. Mais lorsque les mêmes détails se répètent, ils deviennent une tendance. Et cette tendance interpelle le football africain.
Pendant plus d'une heure, les sélections africaines démontrent qu'elles possèdent les qualités techniques, l'engagement et le talent nécessaires pour rivaliser avec les meilleures nations du monde. Puis vient le dernier quart d'heure. Les courses deviennent moins tranchantes, les replacements plus lents, les lignes s'étirent, la concentration s'effrite. C'est précisément à ce moment que les grandes équipes européennes accélèrent.
La Norvège l'a parfaitement compris. Erling Haaland n'a pas besoin de dix occasions pour faire la différence. Il lui suffit d'un ballon, d'un mètre de liberté et d'une seconde d'hésitation pour punir son adversaire. Harry Kane appartient à cette même catégorie de joueurs. Invisible pendant une partie de la rencontre, il reste pourtant une menace permanente jusqu'à la dernière minute. Les grands attaquants vivent de ces instants où la moindre erreur se transforme en but.
C'est sans doute là que réside encore l'écart entre plusieurs sélections africaines et les grandes puissances mondiales. Il ne s'agit plus d'un déficit de talent. Ce temps est révolu.
Aujourd'hui, les meilleurs joueurs africains évoluent dans les plus grands clubs européens. Ils remportent des championnats, disputent la Ligue des champions et côtoient quotidiennement l'élite mondiale. Le potentiel existe. Il est immense. Ce qui manque encore, c'est la capacité collective à maintenir le même niveau d'exigence pendant quatre-vingt-dix minutes, voire davantage.
Le football moderne ne pardonne aucune baisse de régime. Les données physiques, l'analyse vidéo, la récupération, la nutrition, la préparation mentale et les ajustements tactiques font désormais partie intégrante de la performance. Les nations qui dominent le football mondial investissent massivement dans ces domaines depuis des années. L'Afrique progresse, mais elle doit accélérer sa professionnalisation si elle veut franchir le dernier palier.
L'autre défi est psychologique. Lorsqu'elles prennent l'avantage ou qu'elles résistent à un adversaire prestigieux, certaines équipes africaines ont tendance à subir plutôt qu'à continuer de jouer. Elles reculent instinctivement, abandonnent la maîtrise du ballon et offrent l'initiative à leurs adversaires. Face à des équipes comme l'Angleterre ou la Norvège, cette stratégie est extrêmement risquée. Plus on laisse le ballon à des joueurs comme Harry Kane ou Erling Haaland, plus on augmente leurs chances de trouver la faille.
Les grandes équipes savent tuer un match. Elles savent aussi souffrir sans perdre leur organisation. Elles continuent à défendre ensemble, à conserver le ballon lorsque cela est nécessaire et à gérer intelligemment les temps faibles. Cette culture de la maîtrise fait souvent la différence entre une équipe talentueuse et une équipe championne.
Mais il serait injuste de ne retenir que les éliminations. Cette Coupe du monde envoie aussi un message extrêmement positif : l'Afrique fait désormais jeu égal avec les meilleures nations. Les adversaires européens ne dominent plus outrageusement les représentants africains. Ils doivent lutter jusqu'au bout pour obtenir leur qualification. C'est une évolution majeure.
Le prochain défi consiste à transformer ces prestations encourageantes en victoires historiques. Pour cela, les fédérations africaines devront poursuivre leurs efforts de professionnalisation, renforcer la formation des entraîneurs, améliorer la préparation physique, développer l'analyse tactique et instaurer une véritable culture de la gestion des fins de match.
L'Afrique ne manque ni de talent, ni de courage, ni d'ambition. Elle possède des joueurs capables de rivaliser avec les meilleurs du monde. Ce qui lui manque encore, c'est cette dernière marche, celle qui transforme une belle performance en qualification et une promesse en exploit.
Le jour où les sélections africaines comprendront qu'un match dure jusqu'au dernier coup de sifflet, qu'aucun relâchement n'est permis face aux plus grands et que la maîtrise collective vaut autant que le talent individuel, elles ne viendront plus en Coupe du monde pour créer la surprise.
Elles viendront pour écrire l'histoire.
Mohamed Feily dit Antar